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Conférence de Presse de l’ONDH le 7 Janvier 2009

Le mercredi 07 janvier 2009, l’ONDH a tenu une conférence de Presse à son siège, 21, Avenue Faidherbe à Dakar en présence de la Presse nationale et de nombreux invités défenseurs des Droits de l’Homme. Cette conférence de Presse s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des projets et programmes du 9ème Fonds Européen de Développement. En effet, le Gouvernement du Sénégal et l’Union Européenne ont initié un Programme d’Appui au Programme National de Bonne Gouvernance (PAPNBG) dont l’une des composante est l’appui aux Acteurs Non Etatiques notamment en vue du renforcement de leurs capacités d’organisation et d’action de même qu’une meilleure implication dans le suivi de la mise en œuvre des programmes de coopération. L’Organisation Nationale des Droits de l’Homme bénéficiaire dudit programme a mis en place un projet intitulé : « L’Observatoire des Groupes vulnérables, des Acteurs non Etatiques pour la Promotion des Droits de l’Homme, la Consolidation de la Démocratie et de la Bonne Gouvernance. »

Et ce fut l’occasion pour Monsieur Moussa BA, Coordinateur de l’Unité de Gestion du PAPNBG, au nom de Monsieur Mamadou FAYE, Directeur de la Dette et de l’Investissement, Ordonnateur National du Fonds Européen de Développement au Ministère de l’Economie et des Finances, de Monsieur Giles HERVIO, Chef de Délégation de la Commission de l’Union Européenne au Sénégal, de Monsieur Pape Nalla FALL, Président National de la Plateforme Nationale des Acteurs Non Etatiques pour le suivi de l’Accord de Cotonou, de saluer l’initiative prise par l’ONDH d’organiser cette importante rencontre dont le prétexte est d’informer les représentants des médias qui constituent de véritables relais pour la promotion, la protection et la défense des Droits de l’Homme au Sénégal et dans la perspective d’un partenariat plus soutenu. Au préalable, Me Abou KANE, au nom du Président du Conseil d’Administration de l’ONDH, Me Assane Dioma NDIAYE, a remercié les journalistes, les responsables du GES, de l’UNACOIS, et tous les acteurs qui ont bien voulu être présents à la rencontre en vue d’apporter leur éclairage dans la réflexion autour du futur des Droits de l’Homme au Sénégal et des possibilités de partenariat avec les médias.

Ainsi, Monsieur Djibril BADIANE, Secrétaire Général de l’ONDH, Chef du Projet, a articulé son intervention comme suit :

Mesdames et Messieurs,

Il est de tradition d’observer une minute de silence à la mémoire des disparus et notamment ceux qui ont eu à accompagner l’ONDH dans cette grande entreprise pour la dignité humaine. Nous n’allons pas déroger à cette règle. C’est pourquoi, nous demandons à l’assistance d’observer une minute de silence à nos regrettés : du Magistrat Lamine COULIBALY, Abdou Jadre WADE qui nous ont quitté l’année dernière et nous y associons nos Présidents d’honneur en la personne de Feu Kéba MBAYE, Me Abdourhamane SEYE, Monsieur Amady SOUMARE, Abdou Mahame BA et du Magistrat Louis Perreira De CARVALHO et pour tous ceux qui ont rejoint l’autre monde.

Mesdames et Messieurs, Au nom de tous les membres de l’ONDH et du Réseau Africain pour le Développement Intégré des Activités à la Base (RADIAB) nous vous remercions et saluons votre présence à cette conférence de presse.

Cette conférence se tient quelques jours seulement après la célébration du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Comme dirait si bien l’autre, il s’agit d’une célébration plus que légitime et surtout d’une occasion de rappeler qu’en matière de Droits de l’Homme, rien n’est définitif, tout est précaire et nul n’est à l’abri. La vigilance, le devoir de veille permanent devraient peser sur tous les démocrates. Ce, par delà toutes les convictions politiques, philosophiques, religieuses.

L’ONDH, comme vous le savez certainement, est présente au Sénégal depuis 1987. Elle est membre fondateur de l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme, de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme. Elle a un Statut d’observateur à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et à ce jour point focal de la Coalition pour une Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

Dès sa création, l’ONDH a privilégié une approche programmatique construite à travers des plans stratégiques et celui en cours est articulé autour de : « L’Observatoire des Groupes vulnérables, des Acteurs non Etatiques pour la Promotion des Droits de l’Homme, la Consolidation de la Démocratie et de la Bonne Gouvernance. »

Ce plan, il faut le dire, essentiellement, nous le déroulons grâce à l’appui de l’Union Européenne dans le cadre de sa coopération avec l’Etat du Sénégal. Il prend en compte les résultats enregistrés antérieurement par l’ONDH et ses divers partenaires dans leur lutte pour la dignité humaine indissociable au respect du Droit « des Droits de L’Homme. »

Les raisons d’un choix

Ce programme est destiné surtout aux groupes vulnérables que sont les femmes, les jeunes, les porteurs d’handicap, les détenus, les réfugiés, les personnes du troisième âge, les travailleuses du sexe, les populations des villes et campagnes. Ce qu’il y a lieu de dire d’emblée, c’est qu’en Afrique et le Sénégal n’est pas exclu il y a un immense, un vaste chantier à réaliser en matière de dignité humaine, de Droits de l’Homme. Comme on a l’habitude de le dire, nul ne devrait parler de développement économique et social là où il n’y a pas la paix et le minimum en matière de justice, de respect de la personne humaine. La paix, disaient d’éminents penseurs, c’est :  La tranquillité de l’ordre  L’absence de guerre  L’absence de Paix ne signifie pas forcément la présence de guerre. Ces définitions sont-elles pertinentes ? Assurément, et de notre humble point de vue, il y a là matière à réflexion. D’autant que le phénomène de la pauvreté considérée comme une violation des Droits de l’Homme prend des proportions très inquiétantes.

En effet, Il faut être réaliste dans la mesure où le Sénégal, malgré tous les acquis ne saurait être considéré ou présenté comme un îlot de démocratie à tout point de vue. C’est pour cela, et comme ci-dessus indiqué, il faut toujours demander plus. Et demander plus, ne signifie pas nécessairement faire de la surenchère politicienne.

Des marches de protestations, des grèves de la faim, des grèves, des quasi-émeutes, il y en a eu dans notre pays. Il y a des menaces et tentatives de suicides, des suicides.

Et, phénomène plus inédit, une marche de protestation organisée et dirigée dans la banlieue dakaroise (Guédiawaye) où des Imams ont activement participé pour dénoncer les abus et les dysfonctionnements de la SENELEC. C’est là une manière de dire que la détresse humaine peut mener loin, très loin au sein des populations qui, au quotidien, sont à la recherche de stratégies de survie.

Il y a eu des atteintes graves aux libertés fondamentales, des traitements inhumains et dégradants comme la rafle de malades mentaux à la veille du sommet de l’OCI.

Pour une approche de proximité

Au plus haut point, nous sommes conscients du fait que la défense des Droits Humains, des Droits de l’Homme doit se faire, avant tout, à la base. D’où notre démarche dite de proximité.

Dans ce registre-là, une enquête a été initiée par l’ONDH. Sur la perception par les populations des Droits Humains, la Démocratie et la Bonne Gouvernance, et les réponses obtenues sont plus que révélatrices en corrélation avec des actes connus et dénoncés par tous les démocrates :
-  des arrêtés d’interdiction de marche pris par les autorités préfectorales et certaines d’entre elles durement réprimées,
-  des journalistes tabassés, des arrestations arbitraires,
-  des morts suspectes non encore élucidées dans des commissariats de police,
-  de multiples modifications de la Loi fondamentale qui est la Constitution,
-  les scandales provoqués par des mariages homosexuels,
-  le lynchage (si on peut parler ainsi) de restes mortuaires d’homosexuels à qui des jeunes dénient le droit à la sépulture,
-  l’aventure tragique des jeunes désespérés qui prennent de frêles embarcations pour rejoindre l’Europe considérée comme un eldorado et qui continue de se barricader, de se bunkeriser…

C’est dans ce contexte morose que l’ONDH qui s’est dotée de diverses structures telles les Ligues régionales a choisi de décentraliser son action à travers six (06) Boutiques des Droits créées au sein des localités de Kaolack, Diourbel, Louga, Mboro et Dakar (Guédiawaye et Parcelles Assainies).

L’objectif étant d’installer au moins une Boutique par Département à l’horizon 2012.

Les Boutiques des Droits se consacrent aux taches quotidiennes de sensibilisation des populations des villes et des campagnes sur leurs droits et leurs devoirs pour aider à la compréhension de la question judiciaire, à la vulgarisation des textes juridiques et réglementaires, à la participation et à la responsabilisation des populations à l’effort de développement.

La Boutique des Droits est donc un espace de concertation et de dialogue, de veille, d’alerte, de vulgarisation et surtout de renseignements, de conseils et d’orientations sur les procédures judiciaires et autres démarches allant dans le sens de la satisfaction des préoccupations des citoyens. Elle est donc ouverte à toutes les couches sociales, aux personnes qui en éprouvent le besoin.

La gestion de la Boutique des Droits s’articule autour de l’organisation du travail, de la maîtrise des atouts et des contraintes et des perspectives pour intégrer les différentes questions de l’heure liées à la lutte contre l’ignorance, les grandes pandémies, la corruption, la pauvreté et pour assurer la participation et la responsabilisation des populations à l’effort de Développement.

L’efficacité de la Boutique des Droits réside de la volonté des personnes qui l’animent et du mode de fonctionnement partagé par les animateurs appartenant à plusieurs secteurs d’activités ce qui a nécessité la création de groupes thématiques avec un rôle spécifique à jouer, (promotion, animation, vulgarisation, saisine, etc.)

A titre indicatif, on peut relever durant la première phase du projet plusieurs résultats.
- des sessions de sensibilisation, d’information et de formation ont été organisées portant sur les Droits et Devoirs du citoyen, et ont permis de toucher directement plus 3 000 personnes qui sont autant de relais au niveau des communautés de base.
- des visites de prisons. Tout en saluant la disponibilité des services de l’Administration pénitentiaire et de l’Education surveillée, il y a des choses à déplorer parmi lesquelles le surpeuplement, la promiscuité, la vétusté des établissements. Pratiquement aucune prison n’a été construite depuis 1960. On croirait que celui qui construit une prison est appelé à y séjourner.
- ces visites ont permis de mesurer toute la distance qui reste à parcourir pour la réinsertion sociale et professionnelle des détenus, l’effort à faire pour en finir avec les longues et injustifiées détentions préventives. Des promesses ont été faites par le Ministre d’Etat, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice.
- le personnel de l’Administration pénitentiaire est confronté à de véritables casse-tête chinois avec des enfants mineurs délinquants ou simplement arrêtés au cours de rafles organisées par la Police ou la Gendarmerie.
- et vous comprendrez aisément que la prison n’est pas la place pour un enfant. Bien au contraire ! Il s’agit là d’une véritable problématique qui interpelle les Autorités mais aussi les parents dont la responsabilité n’est pas à occulter.
- des daaras visités et il ne faudrait pas les mettre tous à la même enseigne et c’est aux différents acteurs d’éviter de faire des amalgames dans la prise en charge de ceux qu’on appelle communément les talibés alors qu’en fait ce sont des enfants délaissés et que de soi-disant maîtres coraniques (Ouztaz) véreux voire immoraux utilisent à des fins personnelles. Certains parents n’hésitent pas à considérer la maltraitance portée sur ces pauvres innocents comme un acte naturel. (Plusieurs cas ont été recensés). De pareilles attitudes nous confortent dans notre élan d’informer et de sensibiliser les populations sur les phénomènes liés à la mendicité.

Au titre des activités des Boutiques des Droits, entre autres les questions relatives à leur fonctionnement, au statut juridique, plusieurs sollicitations proviennent des visiteurs et des requérants portant sur divers cas de nature civile ou pénale. (Ex : problème de divorce, d’héritage, de tutelle, de garde d’enfants, d’abus d’autorité, de maltraitance, de conflits, d’homicides, de conflits de travail, d’infanticides, des cas d’agressions, de titres fonciers, faux et usage de faux, de viols, etc.) S’agissant des cas soumis, une centaine environ, 70% ont pu trouver des solutions à l’amiable et d’autres sont pendants devant la Justice. En d’autres termes et à plusieurs reprises, l’ONDH a eu à prendre des positions claires face à certaines dérives et aux violences faites aux femmes pour les dénoncer en mettant l’Etat devant ses responsabilités en tant que garant de la sécurité des biens et des personnes tout en insistant sur le devoir de tout un chacun, de l’ensemble des acteurs politiques, de la société civile et de la presse. Mieux, pour attirer l’attention des populations, sur certaines pratiques dont le caractère sensible nous oblige à les traiter de manière assez discrète : c’est les cas d’incestes relevés et qui méritent qu’on s’y attarde au vue de leur gravité par rapport à la morale. Et l’ONDH se réjouit des peines infligées aux auteurs de tels actes et des mesures prises pour accompagner les victimes.

L’Etat de Droit mis à rude épreuve

Nous avons l’habitude à l’ONDH de dire que dans une République digne de ce nom, la Justice dans le sens large doit être traitée avec égards et avoir des moyens. La Justice est un service public dans le sens le plus noble du terme. Nous avons enregistré (phénomène inédit) des grèves organisées par les incontournables auxiliaires de l’Institution judiciaire que sont les greffiers. Une Justice qui fonctionne mal, cela peut aboutir à des émeutes.

On ne saurait évoquer la question des Droits de l’Homme en occultant la problématique de l’Environnement, du Développement durable et du partage des richesses sur notre continent. Dans un pays comme le Nigeria, il y a une guerre silencieuse et dont les origines sont à chercher dans la gestion des énormes revenus tirés du pétrole. Ne parle-t-on pas souvent de la malédiction du pétrole ? Jetons un coup d’œil autour de nous pour relever ce qui vient de se passer à Kédougou et les conséquences se conjuguent avec des pertes en vies humaines, la destruction d’édifices publics, au même moment, le citoyen lamda se pose des questions pour connaître la vérité. Mais quelle vérité ?

Certains pouvoirs publics considèrent les organisations défenseurs des Droits de l’Homme comme leurs adversaires, il faut se mettre à l’évidence que dans un Etat de Droit digne de ce nom, de pareilles attitudes n’ont pas droit de cité. Et l’essentiel c’est d’arriver à créer les conditions d’un dialogue et d’une concertation entre les acteurs et ceci dans l’intérêt des populations.

C’est l’occasion de jeter un coup d’œil autour de nous pour saluer ce qui vient de se passer au Ghana, même si les situations sont contrastées, on doit dire que des élections libres et transparentes sont encore possibles en Afrique et cela est à méditer. Au Sénégal on vient encore d’assister à des réformes visant la modification du Code électoral, ce Code qui est l’étalon de la légalité électorale avait été adopté de manière consensuelle par l’essentiel de la classe politique, des organisations de la société civile et sous l’éclairage d’éminents professeurs de Droit. La nouvelle révision intervient alors que les élections locales sont prévues au mois de Mars prochain, nous sommes ce jour le mercredi 7 janvier 2009 et la question qu’il faut se poser c’est de savoir si cette décision est à même de clarifier le débat politique ?

Quel type de partenariat avec les médias ?

Au Sénégal, avec la multiplication et la diversité des organes de presse, il y a désormais un espace public au sens où l’entendait J. HABERMUS, le philosophe Allemand.

Ici, au fur et à mesure, se constitue une opinion publique qui avait les moyens d’élever la voix quant il s’agit de lutter contre toutes les formes d’impunité dans la gestion des affaires publiques. La tache est immense et les moyens sont difficiles à mobiliser dans un monde marqué par la crise économique, les égoïsmes. Le travail des défenseurs des Droits de l’Homme ne peut que faire penser à la figure de Sisyphe de la mythologie grecque.

Malgré tout ce qui précède, malgré le tableau noir à peine ci-dessus esquissé, y a-t-il lieu de désespérer, de jeter l’éponge ?

Notre pays est interpellé et il est du devoir de l’ensemble des acteurs de la société civile, de la vie politique, de trouver les moyens adéquats pour faire face à ces grands défis visant l’exercice effectif du Droit des Droits de l’Homme, condition majeure pour assurer la sécurité humaine indissociable au Développement durable.

Dans ce registre-là, l’ONDH ne peut que saluer et encourager tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, luttent contre les dérives tendant à museler la Presse, et la stigmatisation des malades du SIDA.

Pour l’ancrage définitif du système démocratique, de l’accès à la Justice et l’Equité, pour le respect des Droits de l’Homme, des principes de Bonne Gouvernance, l’ONDH est partante pour toutes les synergies des interventions des Organisations qui oeuvrent pour la défense des Droits de l’Homme dans le sens large, c’est-à-dire, des Droits Civils et Politiques, des Droits Economiques, Sociaux et Culturels.

De tous les Droits de la troisième génération, la Solidarité, la Sécurité Humaine, le Développement durable. Un tel exercice devrait intégrer les techniques d’information et de communication dans le sens d’élargir le champ d’opération des Boutiques des Droits de par leur proximité des populations.

C’est à cela que l’ONDH convie tous les acteurs et notamment vous de la Presse car nous sommes persuadés de l’importance de votre rôle dans un monde en perpétuelles mutations et où les citoyens ont besoin de savoir et d’être informés pour agir et bien agir. Je vous remercie de votre attention !!!

Djibril BADIANE

Secrétaire Général de l’ONDH Chef du Projet




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