Accueil | Actualités » Actualité internationale » Un Conseil des droits de l’homme qui fasse honneur à l’Afrique
A ce jour, le seul pays africain qui a exprimé son intérêt à devenir président du Conseil est l’Egypte. Or, c’est précisément celui que les ONG africaines rejettent le plus fermement, « parce qu’il a essayé de miner l’efficacité du Conseil, notamment en poussant le Groupe africain à mettre fin au mandat du Groupe d’experts indépendants sur le Darfour. D’ailleurs, sa situation en matière de droits de l’homme a été récemment critiquée même par le Parlement européen. »
C’est un tout cas l’avis de l’East and Horn of Africa Human Rights Defenders Project (EHAHRDP), un réseau de défenseurs des droits humains basé en Ouganda. Dans une lettre adressée aux gouvernements africains, plus de quarante ONG de tout le continent - d’Afrique du Nord et sub-saharienne, francophone et anglophone - leur demandent de rejeter les candidatures d’Etats peu coopératifs avec le Conseil. Et les exhortent à soutenir celles de pays qui ont fait preuve de bonne volonté, notamment en soutenant les activités des rapporteurs spéciaux. Conformément à l’esprit fondateur du Conseil, ces militants demandent à leurs gouvernements d’élire les membres du Groupe africain sur la base de leurs engagements, sans « négocier » les votes comme cela s’est fait jusqu’à présent. Et sans vider le vote de sa substance : on se souvient que, l’an passé, le Groupe africain avait présenté quatre candidats pour quatre postes à repourvoir.
La Tanzanie et le Burundi champions
Alors justement, quels pays paraissent le plus méritants aux ONG ? Laetitia Bader, responsable de la communication de l’EHAHRDP, cite sans hésitation le Burundi et la Tanzanie. « Nous voudrions que ces deux pays – qui ne sont pas encore membres du Conseil – présentent leur candidature. Ce sont les deux pays qui ont soutenu avec le plus d’ardeur les rapporteurs géographiques, alors que les pays qui mènent actuellement le bloc africain ont tout fait pour réduire leur indépendance. » Le choix du Burundi – balayé par de graves violences durant de nombreuses années - peut étonner : « Certes, il y a encore un problème d’impunité, notamment des militaires et des policiers qui continuent de commettre des abus, mais le pays fait de véritables efforts pour promouvoir le respect des droits de l’homme au niveau national. »
Le réseau voudrait que le Ghana – déjà membre du Conseil – se représente « parce que c’est l’un des rares pays africains qui a adopté une attitude positive vis-à-vis du Darfour » et affirme pouvoir éventuellement soutenir les candidatures de la Mauritanie et la Côte d’Ivoire – qui auraient exprimé leur intérêt – ainsi que celles de la Zambie et du Maroc.
Les pays maghrébins pointés du doigt
Mais le Ghana a peu de chances de poser à nouveau sa candidature « pour des raisons politiques et logistiques, à savoir le manque de moyens financiers » assure-t-elle. Ce souci semble être partagé par bon nombre de représentations diplomatiques d’Afrique sub-saharienne à Genève. Finalement, Laetitia Bader souhaite que les Etats d’Afrique sub-saharienne les plus puissants - l’Afrique du Sud et, dans une moindre mesure, le Nigéria - fassent preuve de plus d’intérêt vis-à-vis du Conseil. « Ils ont les moyens diplomatiques de promouvoir d’autres pays de la région et de résister à la pression politique exercée surtout par les pays du Maghreb. »
De juin 2008 à juin 2009, la présidence du Conseil sera assurée par le Groupe africain. Par ailleurs, comme chaque année de nouveaux membres seront élus pour chaque groupe géographique. Actuellement, les membres du groupe africain sont : l’Angola, le Cameroun, Djibouti, l’Egypte, le Gabon, le Ghana, Madagascar, le Mali, Maurice, le Nigéria, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Zambie. Le mandat du Gabon, du Ghana, du Mali et de la Zambie arrive à terme au 18 juin 2008.
Isolda Agazzi
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